En Haïti, la géographie de la douleur s’étend à mesure que les territoires perdus se multiplient. Mais au-delà des balles et des incendies, une tueuse silencieuse fauche les vies de ceux qui ont réussi à s’échapper : l’absence totale de soins de santé. Pour les milliers de déplacés internes fuyant la terreur des gangs, la survie est un mirage dans un désert médical.

Les Vulnérables en Première Ligne
Dans les camps de fortune, les salles de classe transformées en dortoirs ou les places publiques, la précarité ne fait pas de distinction, mais elle frappe plus fort les plus fragiles :

Les Femmes : Accoucher dans l’insalubrité, sans assistance qualifiée, est redevenu une norme tragique. Le manque d’accès aux soins gynécologiques et la malnutrition transforment chaque grossesse en un risque mortel.

Les Enfants : Privés de vaccins et d’eau potable, ils sont les premières victimes des maladies hydriques et de la résurgence du choléra.

Les Handicapés et Personnes Âgées : Oubliés des parcours de fuite, ils souffrent de l’interruption brutale de leurs traitements pour les maladies chroniques (diabète, hypertension), mourant souvent de pathologies pourtant gérables.

Un Système déjà en Lambeaux avant la Crise
Cette tragédie n’est pas née d’hier. L’article pointe une vérité historique douloureuse : l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), l’unique grand centre hospitalier public de la capitale, était déjà "en lambeaux" bien avant l’intensification de la violence actuelle.

Pendant des décennies, l’insouciance des politiques de santé publique a laissé ce centre de référence dans un état de délabrement chronique. Manque de matériel de base, grèves répétées du personnel sous-payé et infrastructures vétustes : l’HUEH n’était que l’ombre d’un hôpital. Aujourd’hui, avec les zones de combat bloquant les accès et les pillages systématiques des centres de santé de quartier par les bandits, le peu qui restait du système de santé a fini de s’écrouler.

L’Échec de la Responsabilité Étatique
Comment peut-on demander à un peuple de résister quand il ne peut même pas soigner ses blessures ou apaiser ses fièvres ? La situation actuelle est le résultat d’un abandon criminel. Tandis que les richesses du pays sont gaspillées dans des jeux politiques stériles, les citoyens qui fuient les zones contrôlées par les terroristes se retrouvent sans aucune structure d’accueil médicalisée.

L’aide humanitaire internationale, bien que présente, ne reste qu’un pansement sur une plaie béante. Elle ne remplace pas une politique nationale de santé.

Le Cri de Radio Dife
Nous appelons les intellectuels, les universitaires du secteur médical et les décideurs lucides à une prise de conscience immédiate. Il ne s’agit plus seulement de politique, mais d’humanité fondamentale. Un pays qui laisse ses enfants mourir de diarrhée et ses vieillards succomber par manque d’insuline sur les places publiques est un pays qui perd son âme.

Le changement pour Haïti doit impérativement passer par la reconstruction d’une souveraineté sanitaire. Rendre Haïti vivable, c’est d’abord garantir le droit de ne pas mourir d’une maladie évitable.

La Rédaction